Criti-X

Mardi 18 novembre 2008 2 18 /11 /2008 01:00




Guinea Pig, The Devil's Experiment
, de Satoru Ogura, 1985


C'était pour de faux


08/20








          Dans les années 80, partout dans le monde (sauf chez les Papous et les Amish, et encore), c'est l'explosion du marché vidéo. Un âge d'or où les éditeurs n'avaient bien sur pas encore à se préoccuper d'Internet, et n'avaient pas d'autre souci que de livrer des guerres féroces contre leurs concurrents. Une époque faste, donc, où faire trôner sa collection de VHS était finalement chose banale. L'entertainment, le capitalisme... La vie, quoi.
          Bref, c'est à cette période qu'un producteur en provenance des tribus les plus folles du Japon se lance dans l'aventure en désirant, comme Peter Jackson en son temps avec Braindead et le rire en moins, signer rien de moins que la plus malsaine des bandes horrifiques... Persuadé d'avoir trouvé le bon filon avant même d'avoir commencé à l'exploiter, il décide que son film sera le premier d'une franchise intitulée "Za Ginipiggu".
          Satoru Ogura, c'est son nom, contacte donc Hideshi Hino, fameux auteur de mangas morbides, pour lui proposer de rédiger lui aussi un film dans la même veine que le sien. Son but est alors de faire paraître les deux métrages coup sur coup, ce qui permettait bien sur d'éviter que les films ne se noient dans l'océan de production vidéo japonaise. Et puisque The Devil's Experiment et Flower Of Flesh And Blood sont au fond assez similaires, on assiste donc à un "Duel Project" avant l'heure, évoquant aujourd'hui le défi que se sont lancés Ryuhei Kitamura et Yukihiko Tsutsumi en 2003, avec leurs Aragami et 2LDK.


_ Bon, vous déconnez pas, hein? On a dit pas les habits...


          Pourtant, force est de constater qu'un film de la veine de The Devil's Experiment aurait bien du mal à se frayer un chemin de nos jours dans la production horrifique internationale. C'était même le cas à l'époque, puisque les films estampillés Guinea Pig sont longtemps restés inaperçus en dehors du Japon. Mais on exporte pas un film qui affirme être un snuff movie aussi facilement...
          Eh oui, non seulement The Devil's Experiment est tourné à la manière d'un snuff (camera amateur, ultra-réalisme, absence de générique...), mais il a en plus été entouré d'une campagne publicitaire qui affirmait que ce que l'on voyait à l'écran était tout ce qu'il y a de plus réel!

         
Ainsi, en guise d'ouverture et en lieu et place du nom de Satoru Ogura, un message défile à notre attention, censé authentifier les images qui vont suivre (soit basiquement: "J'ai reçu une vidéo dégueulasse, je vous la montre"). Une mise en scène racoleuse et parfaitement dispensable, qui a au moins le mérite de mettre les choses au clair: le film se veut une immersion totale dans le domaine du mauvais goût, et ceux qui n'ont pas le coeur bien accroché feraient bien de quitter leur poste de télévision sur le champ...

          Inutile alors de s'encombrer avec les questions d'usage sur un éventuel sens caché de l'oeuvre, puisqu'Ogura n'a pas d'autre ambition que celle de nous faire gerber. Guinea Pig signifiant "Cobaye" en anglais, il s'agirait là d'une expérience scientifique (le film est tout d'abord tourné comme tel, avant de partir quelque peu en sucette). Mais ici, pas de cochon d'inde tout mignon à étudier, juste une femme toute moche qui va subir les pires sévices (ouais, enfin, comme elle est laide, elle n'aura pas droit au sévices sexuels. Comme quoi, même les psychopathes ont du goût).


Après la Belle au bois dormant, voici la Moche au bras brûlant...


          En début de film, quelques notes angoissantes retentissent, puis plongent le spectateur dans le silence le plus total, qui ne laisse place qu'au bruit des coups portés sur la jeune femme. Le métrage est séparé en séquences, chacune introduite par un titre annonçant la torture à venir. "Les baffes", "les coups de pieds", "les doigts dans le cul" (à moins que le dernier, ce soit dans un autre film)... Les scènes ont beau suivre une certaine gradation dans l'horreur, certaines s'avèrent moins convaincantes que d'autres, voire carrément pathétiques. Et c'est bien dommage, car si l'on peut s'avérer indulgent devant certaines séries Z d'un autre genre, il devient impossible pour Ogura de faire encore croire à un snuff dès l'instant où le spectateur se rend compte de la supercherie évidente.
          Il est d'autant plus difficile de continuer à nous laisser bercer par l'illusion macabre du film quand on a affaire à une actrice aussi peu convaincante. On a d'ailleurs du mal à croire, comme il l'est raconté dans un article du site officiel américain de la série Guinea Pig, que "des centaines de femmes se soient présentées au casting pour le plaisir d'être soumises à de la torture extrême". Et ce n'est pas les trois tortionnaires aux lunettes de soleil et aux "rrrhhaaa" excessifs qui relèveront le niveau... Finalement, c'est peut-être pas plus mal qu'il n'y ait pas de générique.
          Pour compenser ses faiblesses ainsi que celles de ses acteurs, dont il semble tout de même conscient, Ogura n'hésite pas à rallonger la durée de certaines scènes de torture. Mais celles-ci, passé le malaise qu'elles procurent et l'efficacité indéniable de certains effets spéciaux, ne parviennent qu'à transportent le spectateur vers les plus hautes cimes de l'ennui. Chaque minute passée pointe du doigt le manque de talent du Japonais pour la mise en scène, qui préférera pour ses prochains films se cantonner au rôle de producteur.

 

Tiens, voilà du boudin!

          Néanmoins, malgré ses innombrables défauts, il faut aussi reconnaître à The Devil's Experiment une certaine capacité à captiver entièrement le fan, au moins lors de sa première vision. Même après l'avoir vu plusieurs fois cependant, on craint de le revoir, on fait attention à ce que l'on mange au préalable, et l'on se dit que c'est vraiment parce qu'il faut mettre des critiques sur le site que l'on se fait souffrance encore une fois...
          Vous êtes donc prévenus: The Devil's Experiment est une bande hardcore, à découvrir en tant que curiosité "Mais je ne suis pas un animal! Je suis un film!" de la nature. 
          Le regarder à plusieurs relève encore plus de l'épreuve de force. On en vient vite à se demander pourquoi on s'inflige tout ça, alors que comme alternative il y avait Mario Kart sur Wii. Et pour peu qu'en plus vous ayez prévu une soirée pizza...
 

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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /2008 00:01




Two Thousand Maniacs
, de Hershell Gordon Lewis, 1964


The Gore Gonna Rise Again!


13/20









          Le temps passe. Chaque année le cinéma, y compris le cinéma de genre, affiche ses nouvelles tendances en suivant des critères commerciaux qui dépassent notre entendement de simple consommateur... A l'heure où certains spectateurs ont tendance à considérer tout film antérieur à 1996 comme définitivement hors d'usage, il est bon de leur prouver que dans les pages de l'Histoire du Cinéma se trouvent de petits trésors d'inventivité comme on en fait que trop peu de nos jours.
          Tourné en 1964, Two Thousand Maniacs se place encore et toujours comme un de ces films cultes dont la simple évocation fait frétiller les organes génitaux de l'amoureux de la couleur rouge. Son créateur, le génial Hershell Gordon Lewis, encore une fois aidé financièrement par le producteur de nudies David F. Friedman, compte bien profiter du succès international de Blood Feast, son précédent opus, estampillé tout premier film gore de l'Histoire. Grâce à un budget plus conséquent, il décide l'année suivante de poursuivre sur cette voie sanglante qu'il a lui-même tracé, tout en utilisant les outils scénaristiques et scéniques permettant à cette nouvelle bombe larguée dans le paysage des sixties d'acquérir sa propre identité.
          De ce fait il est impossible de connecter les deux oeuvres tant elles abordent ce nouveau genre avec deux tons radicalement différents. Si dans Blood Feast, l'histoire de Fuad Ramses se veut sérieuse et angoissante, celle de Two Thousand Maniacs entend créer une nouvelle forme d'humour, une adaptation contemporaine du théâtre grand-guignolesque où les spectateurs de la fin du XIXème siècle venaient se délecter avec le sourire au lèvres des plus atroces mutilations.

 

_ Tu vas te décider à faire la vaisselle, oui?


          De jeunes couples arrivent en voiture à Pleasent Valley, petite bourgade de l'Amérique profonde. Ils sont accueillis par les habitants, des nostalgiques de l'"esprit sudiste", qui les invitent à célébrer avec eux le centenaire de leur ville.
          Si le synopsis, inspiré de Brigadoon de Vincente Minelli, laisse un court moment planer le doute quand à la réelle teneur de cette fête, le dépaysement que le film opère est lui immédiat. Avant même le générique de début, Lewis ouvre sur une musique country des plus entraînantes ("Rebel Yell/The South gonna rise again" dont il est lui-même l'auteur et l'interprète) qui transporte immédiatement le spectateur dans une atmosphère certes vieillie mais attachante. Cette bande-son prendra bien vite une nouvelle ampleur quand les Maniacs révèleront leur vraie nature, puisque le réalisateur n'hésite pas à associer la folie dérangeante de ses personnages à cette même Country Music, pourtant véritable repère traditionnel sur lequel toute une génération d'américains a dansé. A noter, sur la version la plus connue du film (datée des années 80), une bonne partie de l'OST composée par Lewis est remplacée par des thèmes signés Fabio Frizzi (le compositeur attitré de Lucio Fulci) entendus notamment dans L'Au-Delà ou La Maison Près Du Cimetière. Un choix incompréhensible, tant les notes gothiques de l'italien n'ont rien en commun avec l'ambiance campagnarde du film.

          Soyons tout de même honnêtes, il est indéniable que Two Thousand Maniacs, bien que qualifié de chef d'oeuvre de l'horreur à sa sortie, a assez mal supporté le poids des années. Dire le contraire serait faire preuve de mauvaise foi, tant l'image du film nous apparaît de nos jours consternante, et tant les critères d'efficacité d'une histoire n'avaient que peu de choses en commun avec ce qui fonctionne aujourd'hui. De ce fait, l'oeuvre d'H.G.Lewis comporte en elle quelques longueurs, par exemple quand l'auteur s'applique à exprimer l'enfermement dont ses protagonistes font l'objet. Il en résulte une poignée de scènes plutôt faibles qui ralentissent maladroitement le rythme de l'ensemble, ainsi que certaines discussions sudistes totalement dispensables, qui tentent vainement de rendre l'atmosphère plus oppressante.
          C'est d'ailleurs une des faiblesses du film: Lewis essaie à tous moments d'insister sur la crainte que les habitants de Pleasant Valley se doivent d'inspirer, ce qui a pour effet de réduire leur potentiel comique. Comme si le réalisateur n'assumait pas d'avoir signé dans un même mouvement une comédie et l'un des tous premiers films gore.



Le tout premier film d'horreur "made in tête-de-con"!


          Car c'est surtout ce que le spectateur retiendra de Two Thousand Maniacs: une plongée dans une communauté macabre, qui se vit le sourire aux lèvres, à la différence d'un Blood Feast. Lewis réussit de manière avant-gardiste à opposer des protagonistes polis, monocordes et prévisibles (Connie Mason en tête), à une joyeuse bande de dégénérés qui accapare toute l'attention du spectateur. Les rednecks surjouent tous de manière phénoménale, le maire est insupportable, le petit Billy de la fin du film est une vraie tête à baffes, mais le tout confère au métrage un charme indéniable, et c'est avec beaucoup plus d'entrain que d'appréhension que le spectateur pénètre à Pouilleux Land!
          La population de Maniacs est ainsi au centre de l'oeuvre, et a pour sainte mission de repousser les limites fraîchement définies du cinéma gore. Les effets spéciaux sanguinolents s'enchaînent, surprennent par leur réalisme, et rassasient suffisamment le spectateur d'aujourd'hui, sans cesse plus exigent en la matière. Pour offrir à ce dernier ce qu'il est venu chercher, Lewis laisse exploser sa créativité dans la deuxième moitié de son film, en particulier lors de l'ultime journée des festivités, soumise à un programme d'activités détaillé... Celle-ci sera ainsi un prétexte à faire succéder les meurtres les plus variés et les plus spectaculaires.
          Après avoir tout simplement inventé le genre, voilà qu'Hershell Gordon Lewis crée la plus imposante bande de psychopathes jamais réunie sur pellicule. Preuve étant que le bougre mérite amplement le surnom de Pape du Gore qui lui a été octroyé. Pour l'anecdote, l'auteur prévoyait même d'appeler son film "Ten Thousand Maniacs", mais n'a pas pu le faire à cause d'un manque évident de figurants. Il a donc choisi de revoir ses ambitions à la baisse, et, puisqu'il tournait à St Cloud en Floride, décida de nommer définitivement le film en fonction du nombre d'habitants de la bourgade. Cela étant dit, ne vous attendez pas à compter deux mille personnes à l'écran, puisqu'apparemment, les vieux de St Cloud n'ont pas fait le déplacement...

 


Non, 2000 Maniacs n'est pas un film sur les règles. Déçu?


          Au niveau du dénouement, celui-ci tranche nettement avec l'action survoltée qui le précède, et laisse un léger goût amer pour celui qui aurait préféré une fin moins linéaire. Mais être trop exigent avec ce film serait lui dénier son statut de référence du genre, une de celles qui ne cessera jamais d'influencer ses contemporains (voir le remake 2001 Maniacs signé Tim Sullivan, Dead And Breakfast de Matthew Leutwyler, ou Massacre A La Tronçonneuse de manière plus subtile)
          De plus, il ne s'agit pas de seulement regarder Two Thousand Maniacs dans le but de parfaire sa culture personnelle, mais bien plus de l'aborder comme un joyau du kitsch, voire même comme la toute première comédie gore de l'Histoire du Cinéma.
 

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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 17:33


SAW
, de James Wan, 2004


Le Prince Et Les Voleurs


16/20













          Couronné à Gérardmer, proclamé apôtre de la renaissance horrifique par la presse généraliste, acclamé par les spécialistes qui en reconnaissaient l'ultra-efficacité visuelle et dramatique, Saw avait à sa sortie fait l'effet d'une bombe dans le paysage du gore international au moyen d'une imposante campagne marketing. En 2004, tout comme huit ans plus tôt avec Scream, Hollywood ressent le besoin de miser le paquet sur une production particulière, espère par là lancer une mode, et susciter un certain nombre de pâles copies qui délecteront temporairement le jeune à capuche (à la fois fléau de la société et pain béni lorsqu'il s'agit de trouver de la clientèle) avide de chair fraîche, au moins jusqu'à ce que le phénomène s'estompe. Le procédé est connu: à l'époque, cela nous a valu des Souviens-Toi L'Eté Dernier, et aujourd'hui, des Captivity.
          Outre leur indéniable efficacité, Scream et Saw ont tous deux en commun d'avoir fait les frais d'un dénigrement post-box-office parfois total de la part de leurs précédents admirateurs, ceux-ci n'hésitant pas à trouver de fausses raisons de conspuer le film, au lieu de risquer de partager leur opinion avec Studio ou encore le Journal du Dimanche. Mauvaise foi, quand tu nous tiens...
          Or, rendons à Saw ses lettres de noblesse: le thriller extrême concocté par l'australien James Wan mérite assurément l'engouement dont il a fait l'objet, et ne saurait être aujourd'hui réduit au genre dont il fut le premier artisan reconnu, celui des très mal nommés "torture porn". En matière de catégorisation péjorative, la presse du cinéma bis aura rarement fait mieux...



Maman m'a dit que si je portais un appareil dentaire, c'était pour mon bien...


          Deux hommes se réveillent enchainés aux murs d'une grande salle de bains dégueulasse. Au milieu d'eux, un cadavre. Tel est le pitch premier du film, qui a pour principale qualité de partir d'une idée extrêmement mince pour arriver à une intrigue alambiquée, bien au-delà de ce qu'on est en droit d'attendre de la part d'un film vendu comme un étalage de tripailles.
          Dès les premières images, nous sommes plongés dans un huit-clos morbide, angoissant et claustrophobe, qui se transforme très vite en course contre la montre lorsque les prisonniers trouvent une cassette audio qui leur est destinés. Sans aucun temps mort pour le spectateur, le script enchaine les révélations à la vitesse de l'éclair, et l'on ne peut s'empêcher de se complaire dans notre rôle de bourreaux passifs, témoins de la tournure catastrophique des événements, faute d'être des victimes réelles de la souffrance physique et psychologique des personnages.
          Très convaincants dans leurs rôles de victimes torturées, Cary Elwes et Leigh Whannell (ce dernier signe d'ailleurs le scénario du film) se chargent parfaitement de rendre l'entreprise crédible, et servent une trame pleine de cruauté mais aussi d'ironie, puisque les protagonistes se réjouissent sans cesse de leurs découvertes successives, pour apprendre que celles-ci cachent inévitablement de nouvelles énigmes toujours plus tordues les unes que les autres.
          Entièrement dévouée à l'instauration du suspense et du rythme, la mise en scène brutale du débutant James Wan, bourrée jusqu'à la moelle de cuts rapides, de travellings furieux et de champs/contre-champs qui évitent habilement la répétition, démontre d'un savoir-faire indéniable et d'une inventivité rare, surtout pour un coup d'essai. Saw premier du nom nous rappelle efficacement qu'au-delà du gore, des effets spéciaux ou du budget, c'est l'histoire qui est l'élément essentiel à la réussite d'un film. Une vérité évidente mais que certains producteurs outre-Atlantique semblent cependant avoir occulté.



_ C'est écrit: "Merde à celui qui lira".


          Le duo Wan/Whannell, tous deux créateurs du synopsis original et grands déconneurs devant l'éternel (il n'y a qu'à écouter le commentaire audio du DVD sorti en 2005 chez Metropolitan pour s'en convaincre), inventent pour le film le mystérieux et brillant Jigsaw (puzzle en anglais), tueur aux motivations jusqu'alors inconnues mais aux ressources inépuisables. Bien que son visage reste en grande partie inconnu du spectateur pendant la quasi-totalité du premier volet, créant autour de lui une aura particulière et toute-puissante, ce sont réellement les casse-têtes mis en place par le psychopathe qui lui voleront la vedette, jusqu'à devenir la véritable marque de fabrique de la franchise.
          Néanmoins, quand on évoque Saw aujourd'hui, on pense surtout à son incroyable dénouement, où toutes les pièces du puzzle s'emboitent soudain parfaitement dans une apogée de ce que certains ont trop vite appelé "montage épileptique". Si ce fameux twist final a aujourd'hui tendance à blaser le fan du genre, c'est tout d'abord parce que sa structure novatrice a été allégrement plagiée depuis, en premier lieu par ses suites indigestes, puis par des films étrangers au monde de l'horreur, comme le récent L'Illusionniste de Neil Burger. Mais force est de constater que la fin de Saw reste LE moment fort de l'oeuvre, introduite par un thème ultra-célèbre signé Charlie Clouser (du groupe Nine Inch Nails), mais surtout par vingt minutes de pure intensité qui procurent un plaisir inaltérable chez le spectateur, même après plusieurs visionnages.



Le Docteur Mad à l'oeuvre... Mais que fait l'Inspecteur Gadget?


          Pourtant, certains pourront reprocher au film son habitude à faire succéder certains plans à la vitesse de la lumière. Si ce procédé s'avère idéal pour un tel film, il est vrai qu'il perd quelque peu de sa superbe lorsque Wan l'utilise à outrance aux moments cela n'est pas vraiment nécessaire.
          Une fois passé ce petit accroc un brin racoleur, on ne peut qu'apprécier de baigner dans une atmosphère qui allie un sadisme auquel l'Amérique n'avait pas gouté depuis longtemps au cinéma (sinon dans le circuit underground) et une investigation glauque et soucieuse du détail tout droit sortie de Seven. Le film de David Fincher est d'ailleurs une inspiration évidente du duo Wan/Whannell, puisqu'en plus de comporter le personnage de Danny Glover, qui rappelle forcément celui de Morgan Freeman en flic obsédé par son enquête, Saw nous gratifie d'aussi belles découvertes de cadavres que son modèle, tout en s'en émancipant adroitement grâce à son concept génial et aux délires créatifs que celui-ci permet au scénariste.
          Mais que l'on ne s'y trompe pas, la force principale du film n'est pas de puiser son inspiration chez ses grands frères en tentant d'éviter d'en rester trop proche. Le but du jeu est plutôt de rassembler toutes les influences potentielles de l'oeuvre en un même bloc, pour les rejeter avec culot au moment même où le spectateur se convainc d'avoir trouvé la clé du puzzle.
          Cette recherche sincère d'identité ne peut qu'attirer notre sympathie, d'autant qu'elle reflète une réelle ambition de se démarquer des repères cinématographiques existants, ne serait-ce qu'en centrant le récit autour d'un seul lieu principal alors que les ténors du genre voient souvent leur intrigue expatriée loin de son lieu d'origine.
          En effet, dans Saw, chaque fois que l'action se situe en dehors de la fameuse salle de bains, les auteurs réussissent avec brio à ramener le spectateur parmi les deux captifs, histoire de leur rappeler que ce qui se passe au dehors n'a que peu d'importance par rapport à la trame initiale. Ce n'est qu'au deuxième visionnage que l'on peut se rendre compte combien les événements du monde extérieur n'ont pour unique fonction que de renforcer l'impact de ce qui se déroule dans la prison. Et l'artifice marche de manière géniale, puisqu'en bonnes victimes à la fois crédules et consentantes, nous suivons pendant plus d'une heure et demie un nombre hallucinant de fausses pistes.



Eh Mel? C'est moi, ou ce nouveau "L'Arme Fatale" est plus gore que les autres? Mel?


          Que ce soit dit une bonne fois pour toutes, James Wan ne mérite assurément pas le dénigrement dont il est parfois victime, en pâtissant injustement du vil opportunisme dans lequel se complaît le reste de la franchise. Le bougre, frustré de n'avoir pas eu le temps d'expérimenter la totalité des idées qu'il avait pour Saw, confirmera dans ses oeuvres suivantes son statut d'espoir du genre. Et aux quelques réticents qui subsistent, Wan s'acharnera à leur prouver que c'est en renouvelant sans cesse son art que l'on parvient sur la longueur à donner une réelle synthèse de son talent.
          Même si de nos jours Saw est indéniablement devenu une franchise horrifique parmi d'autres, les deux auteurs n'ont jamais vu leur bébé comme tel, mais davantage comme un thriller macabre et immersif. Si chacun sera libre ou non de leur donner raison, le fait est là: Saw est, grâce au squelette de son intrigue et à l'impressionnante masse musculaire qui le recouvre, un des films les plus suffocants de ce début de millénaire.

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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /2008 01:00




FLESH EATER, de Bill Hinzman, 1988


Mégalo-Zombie


04/20










          C'est ce qu'on appelle se faire rouler. J'aurais pourtant du le voir venir, avec toutes les bouses sorties en DVD chez le distributeur orléanais Uncut Movies. Mais celle-ci, pour l'adepte de "films cultes" que je suis, s'annonçait alléchante sur le papier.
          Pensez-donc: le film de, et avec Bill Hinzman, qui reprend son rôle du tout premier zombie de La Nuit Des Morts-Vivants, celui-là même introduit par la fameuse réplique "They're coming to get you, Barbara" dans le premier chef d'oeuvre de George Romero! Sans nécessairement provoquer l'érection du fan-boy, avouons que le concept a de quoi susciter la curiosité.
          Ancien chef opérateur sur The Crazies, autre bande folle signée Romero, Hinzman n'est pas un étranger du monde du cinoche. En 1988, prenant tardivement conscience de la relative popularité de son personnage de zombie, il décide, sous l'impulsion de quelques amis, de porter à l'écran une histoire similaire intitulée "Revenge Of The Living Dead", rebaptisée Flesh Eater pour d'évidentes raisons de droits. Opportuniste comme pas deux, Hinzman s'applique à recréer la mythologie de son mort-vivant et à le farder d'un maquillage bleu immonde pour justifier vainement qu'il ne s'agit pas d'une simple copie. Le but étant bien sur de trouver le juste milieu entre le désir de se protéger des avocats de tout poil, et celui de ramener le fan vingt ans en arrière à la simple vision de son faciès.

          Précédant la logique des dizaines de films Marvel actuels qui se foutent royalement de leur histoire pourvu que le super-héros passe bien à l'écran, Bill Hinzman ne souhaite pas se casser le cul à écrire un scénario digne de ce nom, puisqu'il sait d'ores et déjà que du moment que la caméra le filme, l'objectif sera atteint.
          Au programme de cette purge narcissique: un bûcheron qui déterre un caveau scellé contenant le fameux "Flesh Eater", et des ados fumeurs de oinj' qui passent leur temps à caricaturer leur propre connerie. Et pour ne rien arranger tout cela se passe le soir d'Halloween. Tremblez, mortels...


_ A l'aide! Hinzman nous oblige à monter nos têtes de cul dans son film!


          A la fois acteur, monteur, producteur, scénariste et réalisateur, Hinzman tente tout au long du film d'ériger le Flesh Eater en tant que nouvelle mascotte du cinéma d'horreur. Désireux de remanier totalement sa vieille performance sous Romero pour en avoir cette fois-ci le contrôle absolu, l'auteur manque de saisir l'essence de ce qui en faisait autrefois la réussite.

          Car si sa prestation dans Night Of The Living Dead était efficace, c'était justement parce qu'il évitait d'en faire des tonnes pour ne laisser transparaître que la haine de son personnage. A l'époque, très peu de maquillages ainsi qu'une mâchoire légèrement de travers suffisaient à créer un visage gravé ad vitam aeternam dans la mémoire des fans de la première heure.
          Dans Flesh Eater, Hinzman ouvre grand les yeux, regarde l'objectif pendant de longues secondes comme pour dire "C'est moi, vous me reconnaissez?", tout en essayant de faire des "Rhaaargh", sans jamais retrouver un chouia de sa hargne d'antan. Les autres zombies fraichement contaminés font alors leur possible pour imiter leur chef en nous fournissant des interprétations sans cesse plus moisies que les précédentes, certains mettant pourtant la barre très haut. Mais que l'on se rassure, les gentils "djeunz" de l'histoire ne comptent pas leur laisser remporter si facilement la palme du ridicule, comme le montre la dénommée Kathleen Marie Rupnik qui nous livre quelques "Oh Myyyyyy Gooood!" parmi les plus réussis de l'Histoire du Cinéma.



_ Comment ça, je joue mal?



          En considérant l'égocentrisme excessif de Hinzman et le jeune âge de ses victimes, on a davantage l'impression d'être en face d'un énième slasher plutôt que d'un film de zombies. Comme si Kane "Jason" Hodder avait écrit son propre chapitre de Vendredi 13 pour s'assurer de toujours apparaître à l'écran...
          Mis à part ses très mauvais acteurs, Flesh Eater comporte en lui presque tout ce que l'on peut attendre d'un de ces nombreux fils batards d'Halloween qui pullulaient en son temps: des dialogues ridicules, un mixage de très mauvaise qualité, des fondus au noir entre chaque scène qui ralentiraient inévitablement le rythme si ce dernier existait... Parmi d'autres réjouissances, on peut même trouver une scène d'érotisme "topless" aux bruitages foireux, ou encore une scène où la victime commence à saigner avant qu'on l'ait assassiné.
          Le film se risque ainsi de temps en temps à quelques maquillages assez gore signés Gerry Gergely. Néanmoins, bien que relativement honnêtes, ceux-ci ne parviennent jamais à tirer le spectateur de son ennui.

          En essayant tant bien que mal de trouver des points positifs à Flesh Eater, on en vient par moments à se dire qu'en matière de films d'horreur fauchés, la période prolifique des années 80 nous a fourni bien pire que celui-ci. Mais c'était sans compter sur la seconde moitié du film, qui nous permet d'atteindre parfois des sommets en matière de vide insondable.
          Hinzman, chaussé de ses grands sabots, tente d'introduire des éléments de La Nuit Des Morts-Vivants, comme la présence de flashs d'informations, ou encore la battue au loup finale. Mais tout y est plus brouillon, plus monotone. Le réalisateur se contente pendant toute un long moment de recopier bêtement et maladroitement son grand frère Romero, et en viendra par la suite à s'étonner du maigre succès de son film, comme on peut l'apprendre dans le DVD proposé par Uncut: "Vous pouvez faire des films à petit budget très longtemps sans jamais avoir de succès, ou vous pouvez avoir du bol, comme George Romero, et vous faire une réputation."
          Cette phrase résume à elle seule l'approche prétentieuse de Bill Hinzman, persuadé que Flesh Eater est aussi réussi que son maître et modèle. Le making-of du film est d'ailleurs intéressant en soi, puisque presque toutes les interventions d'Hinzman démontrent une ingratitude rare envers l'homme qui l'a introduit dans ce milieu, et sans qui ni le film ni sa certaine popularité n'existeraient. Voir ce documentaire juste après avoir constaté à quel point Flesh Eater est un ratage complet est d'ailleurs la seule chose qui amoindrira la rage de l'amateur qui, comme moi, a claqué quinze euros (ou plus) pour ce film.


_ Qu'avez-vous à nous révéler sur cette affaire de plagiat?
_ Euh... que le moment où je vous parle est lui-même un plagiat!



          La tentative désespérée de Bill Hinzman de revenir dans le coeur des fans (était-il seulement parti?) est similaire à celles des chanteurs kitsch qui espèrent attirer à nouveau les vieux admirateurs de rythmes endiablés. Mais si chez nous Lio et compagnie rappellent aujourd'hui à d'irréductibles abrutis combien il était amusant pour eux de chanter "Bananana, Banana Split", dans le cas de Hinzman, c'est plutôt avec ce come-back pathétique qu'il a toutes les chances de ternir à tout jamais l'image que l'on avait jusqu'alors de lui, celle d'un monstre au visage certes anonyme, mais ô combien inoubliable.

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Xim Axinn

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