GENESIS, de Nacho Cerda,
1998
Sculter Le Sublime
17/20
"Léché", "relou", "trop long", tels sont les commentaires que l'on peut parfois lire à propos de Genesis dans certains repaires geek du web. Les critiques négatives à
l'encontre du troisième opus de Nacho Cerda sont certes très minoritaires, mais suffisantes pour indigner votre serviteur au plus haut point. Si dès les premières projections du film une grande
majorité d'amateurs criaient immédiatement au génie tel le plus somptueux des troupeaux, quelques moutons noirs tentèrent tant bien que mal de se faire entendre. Bien qu'étant partisan de la
libre pensée, je m'en vais donc, une fois n'est pas coutume, remettre ces brebis égarées sur le droit chemin. Alléluïa mes frères, Nacho esta en la casa (ou quelque chose comme ça) !
Les quelques mauvaises réactions quand à la sortie d'un tel film résument à elles seules la difficulté pour un réalisateur estampillé du label gore de changer radicalement de
registre, sans devoir subir les foudres de certains puristes égocentriques qui s'approprient un artiste comme on s'approprie un animal de compagnie.
C'est pourtant le défi que Nacho Cerda relève, puisque quatre ans après son dégoûtant et pourtant sublime Aftermath, il met sur pieds Genesis, une bande qui achèvera de révéler
son talent aux yeux du monde, notamment grâce à sa nomination aux Goyas en 1998.
Avec un pitch aussi minimaliste que celui de son prédecesseur, celui d'un sculpteur qui assiste à la lente résurrection de la statue de sa femme décédée, Cerda délaisse
totalement son penchant pour l'outrance, et se tourne vers une approche plus symbolique de l'histoire et de ce qu'il s'en dégage.
_ Salut, tu suces?_ Non, je symbolise...
Le film de Cerda ne porte pas tant sur la transformation de cette statue en être humain, qui n'est au fond là que pour imager le propos de l'auteur. Le véritable sujet de
Genesis est ainsi une simple notion, à savoir le deuil et la difficulté d'y faire face. Un parti pris risqué, puisque contrairement à Aftermath et même à The Awakening (son premier
court-métrage), Cerda ne regarde plus la faucheuse en face. Ce qui peut apparaître comme une frustration chez le spectateur avide de chair fraîche s'avère être une victoire pour le cinéaste, qui
parvient enfin à laisser la mort derrière lui, au détriment de l'équilibre de ses deux personnages. Parmi eux, nous retrouvons Pep Tosar, le légiste d'Aftermath, qui interprête avec la justesse
des grands un homme désemparé, anéanti par la vie.
Comme pour ne pas nourrir le débat autour de son film qui oppose les pro et anti-symbolisme Cerdien, le metteur en scène nous livre une nouvelle fois un film totalement
silencieux, préférant faire parler les images pour lui et laisser le libre-arbitre au spectateur. Un choix courageux, car Cerda prend ainsi le risque de se faire conspuer, et de voir son oeuvre
qualifiée de larmoyante.
Or, c'est le contraire qui se produit. En effet, sans expliquer un instant l'action qu'il expose,
l'auteur nous offre un spectacle magnifique et troublant, se servant uniquement de ce que lui permet son art, c'est-à-dire de plans magnifiques, d'une musique transcendente et de circonstance, et
d'un immense souci du détail. Excusez du peu!
Le film revêt donc, par son silence et son esthétisme, l'apparence d'un rêve poétique et hors du temps, ou encore, avec son imagerie particulière, celle d'une authentique
tragédie grecque. Mais ce à quoi nous rattachons le film n'a finalement que peu d'importance, puisqu'à travers ce conte de mort, c'est une véritable ode à l'amour que nous offre Cerda, à ce que
l'être humain sait faire de plus beau. Et pour nous autres, les allergiques aux histoires où tout va bien dans le meilleur des mondes, cet hommage ne sera que plus évocateur s'il se termine sur
une touche pessimiste. Mission accomplie, donc.
_ Bon, Morpheus, tu me la donnes cette foutue pilule rouge?Car au fond, avouons-le, ceux qui reprochent à Genesis de péter plus haut que son cul sont les mêmes qui appartiennent à la secte radicale du gore craspec et de ses plus belles illustrations, et qui ne supportent pas de voir l'objet de leur culte, le grand Nacho, tomber dans les mains impures des membres de la secte concurrente: celle des trous du cul du monde du cinéma. Le syndrôme Peter Jackson, quoi...
De toutes façons, les sectes, c'est de la merde. Et des perles, il y en a dans tous les camps, qu'on se le dise! Le fait qu'un talent comme celui de Nacho Cerda soit aussi susceptible d'être reconnu dans la galaxie Mad Movies que dans la galaxie Télérama devrait plutôt réjouir ceux qui espèrent un jour voir remplacer Klapisch et Langmann par Maury et Bustillo (au hasard), et non provoquer leur dédain.
De l'espoir, que diable, de l'espoir!

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